La violence
La violence
En France, les abus sexuels et les maltraitances font l’objet depuis 10 ans de campagnes de sensibilisation et sont actuellement au-devant de la scène médiatique à l’occasion de tragiques faits-divers qui nous projettent avec insistance sur la question de sévices qui touchent, hélas, de trop nombreuses victimes. Dans ce domaine, les choses, malheureusement mais inévitablement, prennent très vite un to ur passionnel au point, par exemple, qu’il devient difficile de savoir si la fréquence de ces actes odieux s’accroît véritablement ou s’il ne s’agit que d’un “effet d’optique” lié à une sortie de la loi du silence, au déliement des langues et à une meilleure efficacité des moyens d’information. Les abus sexuels et la maltraitance existent indéniablement et même s’ils ont toujours existé, ils nous sollicitent tous, quant à la souffrance des victimes et quant aux risques qu’ils font courir, parfois à très long terme, à l’ensemble du développement psycho-affectif des victimes. Les conséquences de l’abus sexuel et de la maltraitance Nous savons que l’évocation des abus sexuels et de la maltraitance provoque sur la victime une sidération avec incapacité de penser. Le traumatisme induit un risque de dédoublement par clivage du Moi : cohabiteront alors en elle, une partie morte, enkystée, où sera enfoui le souvenir de l’événement traumatique, unique ou répété, et une partie vivante pouvant se manifester par des symptômes tels que insomnies, incurie, dépression, isolement... Dans le cas de traumatisme sexuel, il se révèlera infiniment plus dévastateur lorsqu’il est perpétré par un membre de la famille : père, mère, grand-père, oncle ou ami(e) proche : en effet, la victime perd alors tous ses repères, elle ne peut plus faire confiance à son entourage et se sent contrainte de garder le secret. De plus, cet acte introduit la confusion dans son esprit, confusion des générations, où les places de chacun ne sont plus délimitées, confusion des sentiments, confusion des rôles... Ce n’est qu’aux détours de l’adolescence et de la vie adulte, dans un deuxième temps du traumatisme, que les conséquences de l’abus sexuel vécu pendant l’enfance pourront se décrypter, avec, pour les femmes des conduites suicidaires, des états dépressifs, des troubles de la sexualité, de l’accès à la maternité, et chez les hommes, d’importantes difficultés d’identité, des symptômes dépressifs et des risques majeurs de devenir eux-mêmes abuseurs. L’accueil, le Point Ecoute Santé est un lieu privilégié La personne maltraitée et délaissée est totalement seule dans les ténèbres de son désarroi et de son angoisse, environnée de mépris et de haine, dépouillée de ses droits et de son langage, dupée dans son amour et sa confiance, bafouée dans la douleur, dédaignée, humiliée, sans guide, sans nul soutien, aveugle, sans défense. Tout son être voudrait crier sa douleur, sa colère, exprimer sa révolte et appeler à l'aide et précisément, elle pense qu’elle n'en a pas le droit. Toutes les réactions normales prévues par la nature lui restent interdites. La personne tente d'effacer, de gommer complètement de sa mémoire tout ce qu'on lui a infligé, afin de bannir de sa conscience sa brûlante révolte, sa peur, sa colère, l'intolérable souffrance, mais subsiste toujours le sentiment de sa grave culpabilité personnelle. Les survivants de pareilles tortures, qui ont abouti à un refoulement total, continuent à vivre dans les ténèbres de l'angoisse, de la répression, de la menace. Il est donc important pour ces personnes, qu’elles puissent dire, qu’elles puissent avoir le choix de dire, qu’elles se sentent libres de pouvoir dire, tout en se gardant ensuite le choix de le faire ou non. Une victime, qui révèle l’horreur, a donc besoin d’un cadre contenant, tant au niveau du temps que du lieu. Cela permet a une parole isolée, d’enfler, car l’évocation des sévices obsède. Ce cadre sécurisant permet d’entendre et de discuter en toute confiance et confidentialité : en effet, ces situations extrêmes, entraînent des mouvements internes intenses. Que les personnes aient été victimes d’abus sexuels ou de maltraitance, elles sont porteuses d’un symptôme de pathologie souvent lourde. En démêlant avec elles les noeuds de leur histoire, dans cet espace contenant que constitue le PES, l’émergence d’une parole est favorisée sur les angoisses, les agressivités, les haines et libère le début de l’élaboration de l’histoire personnelle.
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